Navigation und Service

Coopération franco-allemande

Al­ler plus vite avec la France

Le ministre fédéral allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, s’est entretenu avec le quotidien français Le Figaro quelques jours après l´élection du nouveau président français, Emmanuel Macron. Il a fait le point sur la coopération franco-allemande et sa contribution á l´Europe.

Portrait de Dr. Wolfgang Schäuble, ministre fédéral des Finances
Source:  picture alliance
  • Date 15.05.2017

Le Figaro. - Vous avez rencontré Emmanuel Macron quand il était ministre de l’Economie. Comment souhaitez-vous travailler avec le président ?

J’ai été très ému qu’il fête sa victoire au son de l’hymne européen. Je me réjouis de travailler avec son équipe. Lorsqu’il était ministre de l’Economie nous avons souvent et étroitement échangé de façon personnelle et nous avions beaucoup de points d’accord : l’Europe a besoin d’une dynamique plus forte pour assurer l´avenir de tous les pays membres comme la France et l´Allemagne. Mais le Président vient seulement de prendre ses fonctions. Laissons-lui le temps d’organiser sa majorité dans la prochaine assemblée. J’espère qu’il y aura un soutien fort pour mettre en œuvre ses idées. Comment y parvenir ? Ni le Président ni mes amis des Républicains n’ont besoin de mes conseils.

Selon vous, le préalable, avant d’engager une nouvelle dynamique en Europe, est de mener des réformes en France… Comme par exemple celle du marché du travail ?

Le Président Macron connaît mieux les problèmes de la France que moi, sinon il n’aurait pas été élu. De mon point de vue, ce qu’il veut faire va dans le bon sens. Mais je ne crois pas que ces réformes difficiles seront facilitées si le ministre des Finances allemand prodigue ses conseils. Il revient au Président de trouver la façon de faire. Je me souviens que Nicolas Sarkozy avait promis une « rupture » en 2007. Il avait obtenu une large majorité. Mais la réalité l’avait rattrapé et il n’avait pas pu mener beaucoup de réformes structurelles. Ensuite le président Hollande a nommé pertinemment Emmanuel Macron dans son équipe. Mais celui-ci a quitté le gouvernement parce qu’il avait le sentiment que les politiques, pour lesquelles il avait été choisi, étaient impossibles à mettre en œuvre à cause du Parti socialiste. Finalement le candidat du PS a obtenu 6% à la présidentielle…

Les projets européens d’Emmanuel Macron ne correspondent pas aux positions de l’Allemagne, notamment la proposition d’un budget de la zone euro…

Attendons qu’il s’exprime en tant que Président plutôt que débattre point par point de ce qu’il n´a pas dit durant sa campagne. Nous sommes très d’accord sur la direction à prendre : renforcer l’union monétaire. Nous en avons discuté ensemble en tête à tête intensément. Mais des propositions comme un budget de la zone euro requièrent une modification des traités. Cela suppose l’unanimité des 27 Etats-membres. Beaucoup de pays, y compris la France sans doute, devraient organiser un référendum. Ce n’est pas réaliste. J’ai vu que Martin Schulz partageait cette idée. Le concept sonne bien, tout comme se dire pour Emmanuel Macron. Mais le candidat social-démocrate à la Chancellerie n’a pas dit quelles seraient les recettes d’un tel budget. Un nouvel impôt ? Il faut être sérieux. Sinon, ce n’est que de la rhétorique qui finit par nourrir le scepticisme vis-à-vis de l´Europe. Je suis plutôt convaincu qu’il faut entre-temps renforcer la zone euro sans toucher aux traités. Nous pouvons aussi lancer des projets bilatéraux supplémentaires et nous sommes prêts à en discuter avec la France. Je suis toujours favorable à une Europe à plusieurs vitesses. Les chefs d´État et de gouvernement français, allemand, italien et espagnol s´y sont d´ailleurs engagé lors de leur sommet à Versailles début mars. J’ai le copyright sur cette idée que j’ai lancée il y a 23 ans avec Karl Lamers !

Dans quels domaines faut-il faire progresser l’Europe ?

Il faut renforcer l’union monétaire. C’est pourquoi il faut réduire les différences entre les économies : de la compétitivité aux excédents des balances de paiement. Mais il ne s’agit pas d’affaiblir ceux qui sont forts, sinon l’Europe dans son ensemble sera plus faible. Ensuite nous devons entreprendre davantage pour la sécurité. L’Europe doit mieux contrôler ses frontières extérieures pour être en capacité de décider qui entre, qui reste et qui doit repartir et maintenir ainsi la libre-circulation à l´intérieur de l´Europe. C’est pourquoi nous avons aussi besoin de pouvoir répartir, même si ce n’est pas de façon proportionnelle, les demandeurs d’asile au sein de l’Union. Nous devons aussi renforcer la coopération de nos polices pour lutter contre le terrorisme.

Et en ce qui concerne la défense ?

L’initiative de la commission pour renforcer la coopération en matière de défense est positive. Mais je pourrais très bien m’imaginer aller plus vite avec la France. De manière bilatérale ou bien avec d’autres pays volontaires, nous pourrions mettre en place un fonds consacré à la défense pour financer des moyens militaires communs. Il ne s’agit pas de prendre en charge des projets nationaux. Je suis prêt à transférer des moyens du budget allemand à un tel fonds. J’espère que la France y sera aussi favorable.

Et contre le chômage ?

Emmanuel Macron a soulevé un problème essentiel durant sa campagne, celui du chômage des jeunes. Il a proposé d’encourager la mobilité en Europe de ceux qui sont en formation ou en recherche d’emploi. C’est une très bonne idée. Nous avons déjà lancé des initiatives. Nous pouvons faire davantage, aussi au niveau bilatéral. En Allemagne, il y a des postes de formation non pourvus et en France des jeunes au chômage. C’est absurde.

Emmanuel Macron s’est aussi prononcé pour un ministre des finances de la zone euro. Qu’en dites-vous ? Il pourrait exercer un contrôle sur les budgets nationaux.

Quand on propose un ministre des Finances de la zone euro, il faut dire aussi quels seraient ses pouvoirs. Il doit être en mesure de faire appliquer les règles budgétaires qui ont été décidées. Sinon c’est un titre sans signification. Mais je ne crois pas que ce soit l’idée d’Emmanuel Macron. Pour autant, il faudrait là encore une modification des traités pour créer un tel poste. Il faut être pragmatique.

Votre proposition est de créer un Fonds monétaire européen. En quoi cela rendra-t-il les Etats plus responsables ?

Personnellement, je voudrais bien renforcer l’Europe institutionnelle. Si ce n’est pas possible, la deuxième meilleure solution est de faire évoluer le Mécanisme européen de stabilité (MES) en un Fonds monétaire européen (FME) avec quelques fonctions préventives. Pour cela, il n’y a pas besoin de toucher au Traité de Lisbonne. C’est une idée réaliste. Nous l´avions d´ailleurs proposé dès 2010 avec mon homologue aux Finances, Christine Lagarde… Tous les contribuables européens ne doivent pas être comptables des risques pris par d’autres et notamment les institutions financières. Les Etats doivent être eux-mêmes plus responsables. Le mécanisme de restructuration, pour des Etats en difficulté, pourrait être intégré au FME. Mais on pourrait aussi lier le développement du FME à l’achèvement de l’Union bancaire. Avant de partager les risques, il faut les réduire.

L’Europe a-t-elle besoin de plus de démocratie ?

Plus de démocratie cela signifie donner plus de droit au parlement européen, avoir un gouvernement européen, un Président… Je ne suis pas sûr qu’on trouve en France une majorité pour un tel transfert de souveraineté, pas plus qu’en Allemagne. En attendant, pendant une phase intermédiaire, le parlement européen peut être davantage impliqué, notamment pour ce qui concerne la zone euro. Il doit être la force qui, à côté des parlements nationaux, redonne de la légitimité démocratique à l’Europe.

En attendant, l’Allemagne, qui dispose de plus de moyens financiers que la France, ne pourrait-elle pas davantage investir pour relancer l’économie européenne ? ou agir sur ses excédents ?

Je suis opposé à cette rhétorique qui consiste à annoncer des sommes toujours plus grandes en espérant que quelque chose se passe. Si rien n’arrive, cela ne fait que décevoir. Il vaut mieux utiliser les sommes déjà disponibles ou faciliter les procédures. Je suis prêt à faire plus si l’on me dit quoi ! Quant aux excédents, il faut être clair : on ne résoudra pas les problèmes de la zone euro en affaiblissant l’Allemagne. Le PSG avait une belle avance en quart de finale de la Ligue des Champions contre Barcelone. Mais finalement les Espagnols l’ont emporté. Il ne faut pas les en blâmer mais espérer que Paris s´améliore. C’est une belle conclusion.

Propos recueillis par Nicolas Barotte (Le Figaro)

Seite teilen und Drucken (FR)