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Europe

Dis­cours du Dr. Wol­f­gang Schäuble, ministre fédéral al­lemand des Finances, à l’oc­casion de la cérémonie de dévoilement du buste de Wil­helm Hausen­stein à la résidence de l’am­bas­sadeur d’Al­lemagne

  • Date 02.10.2017
  • Lieu Paris

Ce buste à l’effigie de Wilhelm Hausenstein est ici pleinement à sa place. C’est l’artiste Jakob Wilhelm Fehrle, un ami de Hausenstein, qui l’a sculpté en 1938. L’original se trouve dans la salle dédiée à Hausenstein, à Hornberg. Le lycée Wilhelm-Hausenstein de Durmersheim en détient également une copie, ainsi que, désormais, l’hôtel de Beauharnais.

Je salue le gendre de Wilhelm Hausenstein, Kenneth Croose Parry, qui se trouve parmi nous. Il a fait réaliser cette copie et l’a offerte à l’ambassade d’Allemagne avec pour consigne de la mettre en valeur comme il se doit. Nous vous remercions pour votre générosité.

Wilhelm Hausenstein a toujours été présent dans ma vie. Nous sommes tous deux originaires de Hornberg, dans la Forêt-Noire. L’école de mon enfance a d’ailleurs été rebaptisée, plus tard, « École Wilhelm-Hausenstein ».

Renée-Marie Parry Hausenstein, fille de Wilhelm Hausenstein et votre épouse, cher Kenneth Croose Parry, a, dans les dernières années de sa vie, quitté la Floride pour s’installer à Hornberg, où elle est malheureusement décédée il y a deux ans.

Il y a une phrase de Hausenstein qui me parle tout particulièrement : il disait que la « capitale de sa jeunesse », c’était Strasbourg. Cela a été le cas pour moi aussi.

Comment ne pas envier l’univers culturel dans lequel il a baigné ? Un univers allemand, européen, français aussi dès sa jeunesse !

Àprès des études multiples en sciences humaines, Hausenstein, historien de l’art et écrivain prolifique, a écrit, en tout, plus de 80 ouvrages sur la littérature, l’histoire, la philosophie, l’art, la religion, ainsi que des récits de voyage.

Il a également été journaliste, a travaillé entre autres à la Frankfurter Zeitung, mais aussi traducteur de littérature française.

Il fut l’ami de grands noms de son époque : Rainer Maria Rilke a été son témoin de mariage. Son amitié avec Theodor Heuss remonte au temps de leurs études, au début du siècle, à Munich. C’est pourquoi Theodor Heuss, le premier président de la République fédérale d’Allemagne, a très bien accueilli la proposition de Konrad Adenauer d’envoyer Wilhelm Hausenstein à Paris.

Wilhelm Hausenstein était également un homme politique qui a rejeté le national-socialisme. Dès 1933, il a été licencié de la rédaction des Münchner Neueste Nachrichten sur ordre de la police bavaroise, puis, peu après, interdit de publication parce qu’il se refusait à parler d’art « dégénéré » pour désigner l’art moderne et à retirer les artistes juifs de son livre sur l’Histoire de l’art. En 1943, les responsables nazis obtinrent son renvoi de la Frankfurter Zeitung. Il avait pourtant jusqu’alors réussi à conserver la direction des pages littéraires, et à les préserver des soumissions quotidiennes aux démons du national-socialisme.

Wilhelm Hausenstein était donc le candidat idéal pour incarner la relation que Konrad Adenauer voulait établir avec la France après la guerre. Il a accepté la proposition de Konrad Adenauer en 1950, après huit jours de réflexion sur l’île de Herrenchiemsee, et en remettant à plus tard des travaux et des projets littéraires urgents.

Pour Konrad Adenauer, la mise en place de représentations diplomatiques dans les capitales des trois puissances occidentales victorieuses était la première étape pour que la République fédérale d’Allemagne retrouve sa place en Europe de l’Ouest.

À Paris, la tâche de l’ambassadeur d’Allemagne promettait d’être particulièrement ardue. Pour Adenauer, seul un homme de culture pouvait rapprocher les anciens ennemis, en symbolisant les liens intellectuels qui préexistent aux liens politiques et qui unissent nos deux pays.

Entre 1950 et 1955, Wilhelm Hausenstein a ainsi joué un rôle clé dans la réconciliation avec la France et afin que la République fédérale d’Allemagne retrouve sa place parmi les pays européens après la guerre. Il a pu pour cela compter sur l’aide de son épouse Margot. Originaire de Bruxelles et issue d´une famille juive, Margot Hausenstein connaissait Paris depuis son enfance.

Wilhelm Hausenstein a préparé le rapprochement entre la France et l’Allemagne qui a abouti à la signature du Traité de l’Élysée en 1963.

Je suis tombé sur un témoignage du souvenir laissé par Wilhelm Hausenstein à Paris, et j’ai été tellement ému que je veux vous en faire part. Jean du Rivau, prêtre jésuite, résistant et aumônier des forces françaises, dont la dernière affectation en 1944 était la ville d’Offenburg, là où j’habite et là où je suis élu, a été le premier Français à recevoir, en 1954, la Croix fédérale du mérite pour le travail qu’il a accompli en vue d’une réconciliation entre la France et l’Allemagne. C’est lui que je veux citer :

« C’est par l’intermédiaire de l’amitié avec Wilhelm Hausenstein qu’a pu se reconstruire l’amitié envers l’Allemagne. Dès que, quelque part, une porte s’ouvrait, ce n’était pas seulement lui qui la franchissait, mais tout son pays. »

Adenauer, plus tard, observa avec satisfaction : « La maison de Hausenstein à Paris a été, comme je l’espérais, un haut lieu de la vie intellectuelle parisienne. »

Hausenstein n’avait au départ que le titre de consul général, puis de « chargé d’affaires », avant d’être nommé ambassadeur en 1953, alors même que la représentation diplomatique n’avait pas encore le statut d’ambassade.

Robert Schuman, à l’époque ministre des Affaires étrangères, a déclaré à Wilhelm Hausenstein : « Grâce à vous, des relations ont pu être renouées, dans les meilleures conditions possible. »

Aujourd’hui, tout cela nous paraît fort bien. Mais ce n’était pas une époque facile. Wilhelm Hausenstein a observé qu’à plusieurs reprises, en différentes occasions, il lui est arrivé d’être ébranlé par la faute allemande qu’on lui renvoyait, et d’en éprouver de la honte. Il s’est aussi toujours posé la question de savoir, si un Allemand, en France, dans les années 1950, avait le droit de rire.

Il fallait un homme comme lui pour, patiemment, faire tomber les barrières.

Alfred Grosser, du reste qui, pour des raisons de santé, ne peut malheureusement pas être parmi nous – à son grand regret –, a observé tout cela, personnellement et de très près, en tant que jeune chercheur vivant à Paris et hôte régulier des Hausenstein. Nombreux sont ceux qui, à notre époque, croient connaître le monde, mais Alfred Grosser, lui, le connaît terriblement bien.

Deux ans seulement après la fin de sa mission à Paris, en 1957, Wilhelm Hausenstein a succombé à un infarctus. Il avait 74 ans.

Ce qui était vrai à son époque l’est encore de nos jours : la France et l’Allemagne
doivent maintenir des relations solides – pour l’Europe. Aujourd’hui, je suis installé en tant que membre associé étranger de l’Académie des sciences morales et politiques. Je prends ce grand honneur que l’on me fait comme une raison supplémentaire de poursuivre mes efforts, qui n’ont jamais faibli, pour, avec la France, faire avancer l’Europe.

Voilà que s’offre à nous une nouvelle occasion, avec le président français récemment élu, de faire avancer l’Europe. Saisissons-la, entre autres raisons pour honorer la mémoire et poursuivre l’action de Wilhelm Hausenstein.

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